Enfin: le Deuxième Procès!
La Cour Martiale à Rennes
Les dreyfusards ont proclamé leur victoire
quand la Cour de Cassation a annoncé la nécessité
d'une deuxième Cour Martiale pour Dreyfus à Rennes. La petite
ville était bondée de journalistes et de spectateurs curieux
quand le procès a commencé le 7 août 1997. Le procès
a eu lieu dans une ancienne école. On voyait dans la salle de classe
un procureur, deux avocats pour la défense, et un jury de sept officiers.
La presse dreyfusarde était très optimiste
au début du procès. Les six journalistes de l'Aurore
à Rennes s'attendaient à la remise en liberté de Dreyfus,
et le Siècle croyait que le procès "ne durerait pas
plus qu'une heure." Le Figaro anticipait "la justice essentielle"
pour l'innocent.
À cette époque, le gouvernement français
se trouvait perturbé par les agitations antisémites en France
et en Algérie. Parmi les rumeurs d'un coup d'état, le ministère
de l'intérieur a pris des mesures contre les chefs des Ligues Antisémites
en France et en Algérie, Guérin et Regis. Comme il s'attendait
à cette attaque, Guérin et ses fidèles se sont retirés
à la maison parisienne du chef, un immeuble qu'il a converti en
une fortresse armée.
Drumont a blâmé Waldeck-Rousseau et
son cabinet pour la persécution de ses amis, les antisémites.
Il a proclamé que Waldeck-Rousseau était à la tête
d'un "Syndicat de trahison" qui avait occasionné une "terreur juive"
parmi ses camarades.
La Croix, ne voulant pas de l'agitation contre
les antisémites aussi proche du début du procès, a
qualifié les actions du gouvernement de "sans sagesse." Rochefort
a appelé la persécution des antisémites une attaque
contre "des citoyens simples et modestes."
La Libre Parole a écrit un commentaire
sur chaque jour du procès. Drumont a annoncé le "coup de
massue" contre Dreyfus après l'interrogation de l'ancien Ministre
de la Guerre, Mercier, le 12 août. Selon la Libre Parole et
la Croix, les témoignages de Mercier ont "prouvé"
l'existence du Syndicat juif.
Cornély du Figaro trouvait le témoignage
de Mercier tellement "monstrueux" qu'il a aidé la cause dreyfusarde.
La Petite République a écrit que, à cause de
ses mensonges, "Mercier est maintenant le coupable."
Le 14 août, on a essayé d'assassiner
Labori, l'avocat de Dreyfus, avec un coup de feu dans le dos. L'assassin
n'a jamais été identifié, mais Labori croyait que
c'était un des policiers qui le protégeait!
Le Siècle a utilisé cet attentat
pour souligner la lâcheté des anti-dreyfusards. Le journal
a écrit que la tentative était un projet développé
par ceux qui avaient peur de l’interrogatoire de Mercier par Labori. Le
jour de l'incident, Labori aurait interrogé Casmir-Perier, l'ancien
président de la République, qui a réfuté beaucoup
d'attestations de Mercier.
La presse anti-dreyfusiste a aussi attaqué
l'action de l'assassin. Selon Rochefort, le coupable était fou comme
Waldeck- Rousseau. Pourtant, quand Labori s'est rétabli rapidement,
la presse anti-dreyfusiste a écrit que la blessure de Labori était
seulement une farce.
La Croix a dépeint l'affaire comme une
petite pièce de théâtre avec le but de diriger le sentiment
public contre les antisémites. Labori était enragé
à cause de ces fausses accusations, et il a commencé des
poursuites judiciaires contre le journal.
Le pape Leo XIII s'est élèvé
contre ces attaques violentes des antisémites. En mars 1899, il
a donné un entretien au Figaro dans lequel il a dit qu'il
espérait qu'on ne transformerait pas l'affaire Dreyfus en une bataille
religieuse. Il a aussi prévenu les antisémites contre la
possibilité de l'action par l'état s'ils ne modéraient
pas leurs attaques. Les antisémites n'ont pas écouté
les instructions du pape. La Libre Parole a répondu avec
la déclaration que le pape "n'était pas assez bien informé"
de la situation en France.
Après ces premières attaques contre
les antisémites, le gouvernement s'est calmé. Le procès
de Dreyfus durait pendant des semaines. Les deux côtés de
l'affaire étaient agités. Ils voulaient de l'action: les
anti-dreyfusards voulaient la remise en liberté de tous les prisonniers
antisémites, et les dreyfusards voulaient qu'ils fussent tous mis
devant la cour.
La cause dreyfusarde a souffert quand la cour a
décidé d'admettre les témoignages des amis de Quesnay
de Beaurepaire, un des chefs du mouvement anti-dreyfusard. Parmi ces témoins
se trouvait Mertian de Multer, un avocat de Lille qui a proclamé
que, quand il était dans le palais de l'Empereur de l'Allemagne
en 1894, il avait vu une copie de la Libre Parole dans sa chambre.
Sur le journal, l'Empereur avait écrit "Dreyfus est arrêté."
Ceci pour dire que l'Allemagne suivait de près l'Affaire et y portait
un intérêt tout particulier.
Les dreyfusards étaient enragés par
l'admission du témoignage de Multer par la cour. Ils trouvaient
ces accusations complètement ridicules. Quand la cour a refusé
de considérer les attestations d'Allemagne et d'Italie que Dreyfus
était innocent, la presse dreyfusarde est devenue plus pessimiste.
Le Figaro a écrit que le résultat
du procès "n'était plus certain," et Cornély considérait
la situation comme une lune carré: "la loi de la gravité
est reversé, . . . les gens marchent sur leurs têtes." Jaurès
a écrit dans sa Petite République que, si le jury
trouvait Dreyfus coupable, ce seraient des "meurtriers."
Le 9 septembre 1899, les sept officiers du jury
ont trouvé Dreyfus coupable avec une vote de 5 à 2. Dreyfus
souffrirait 10 ans de plus de prison, une autre dégradation, et
des amendes. Les deux officiers qui ont voté pour Dreyfus n'acceptaient
pas ce verdict sans qu'on inclue "les circonstances attenuantes" dans la
charge.
Pour les conservateurs, le verdict a marqué
une triomphe. Parmi les cris de joie, Drumont a clamé, "Traître
condamné. Mort aux Juifs! Vive l'armée!" La Libre Parole
a demandé la démission du président et du cabinet
parce qu'ils ont soutenu Dreyfus, un ennemi de l'état. Selon Rochefort,
le verdict a "sauvé la France."
Le verdict a eu comme résultat des manifestations
antifrançaises partout dans le monde. Les gens d'origine française
se trouvaient persécutés partout, et des manifestants à
Budapest ont attaqué le consulat français. La Suisse et les
États-Unis ont proclamé qu'ils boycotteraient L'Exposition
Universelle de 1900.
Le Siècle a écrit que la France
entière serait coupable pour la condamnation de Dreyfus, et que
le pays serait vu par tout le monde comme injuste. Le Temps a prétendu
que les deux votes pour Dreyfus dans le deuxième procès ont
prouvé son innocence.
Le 12 septembre, le Temps a publié
un éditorial proposant que Dreyfus soit pardonné. Ni les
dreyfusards ni les anti-dreyfusards ne voulaient cela. Les dreyfusards
préféraient l'exonération complète pour Dreyfus,
et les anti-dreyfusards voulaient la mort de l'officier à l'Ile
du Diable.
Le Figaro a vu un pardon pour Dreyfus comme
un bon compromis. Ce serait une "bonne acte" qui rétablirait "une
équilibre morale entre la France et le monde" et qui résoudrait
le conflit interne du pays. De l'autre côté, Rochefort croyait
que Loubet "n'avait pas le droit" de mentir devant toute la France en donnant
un pardon à un coupable.
À cette époque, le pape a averti encore
les anti-dreyfusards. Il les a encouragé d'éviter "la ferveur
séparée de la connaissance," un comportement qu'il considerait
"insupportable." En 1900, le gouvernement a dissous l'ordre Assomptioniste,
méné par de Bailly, l'éditeur de la Croix.
Après cette action le gouvernement se dévouait à l'annulation
du Concordat de 1804 par lequel l'état payerait les salaires des
cleriques.
Après le pardon, la communauté juive
a commencé des poursuites judiciaires contre les antisémites.
Régis, chef des antisémites algériens, a été
condamné d'avoir provoqué des manifestations antisémites,
et il a reçu trois ans de prison et une amende de 1,000 francs.
Drumont a reçu une amende de 4,000 francs après que le Baron
Henri de Rothschild l'a accusé de la calomnie.
Avec ces procès contre les antisémites,
la France regagnait peu à peu de la confiance en ses cours. Pourtant,
des sentiments anti-juifs restaient dans le pays; ils allaient se manifester
prochainement dans le spectacle d'horreur qu'on appellerait "l'Holocaust."