La Lutte pour la Révision du Procès


La degradation d'Alfred Dreyfus en 1894




Quand le nom d'Alfred Dreyfus a apparu encore dans les journaux de 1897, on savait qu'un nouvel épisode du procès avait commencé. Mathieu Dreyfus, frère de l'accusé, circulait des rumeurs au sujet de la fuite de son frère de la prison à l'Île du Diable. Mathieu espérait d trouver des soutiens pour l'ouverture d'un nouveau procès. Pourtant, la presse antisémite a présenté son acte comme une manifestation du "Syndicat Dreyfus" qui, financé par des milliards de francs, travaillait internationalement pour libérer Dreyfus de prison.

La famille Dreyfus a commencé à voir un peu d'espérance pour Alfred quand Scheurer-Kestner, le vice-président du Sénat, a proclamé sa croyance en l'innocence de Dreyfus. Mais l’homme respectable est devenu l'objet d'attaque par la presse anti-Dreyfusarde. Henri Rochefort, l'éditeur de l'Intransigeant, a clamé faussement que le sénateur "protestant" était lié aux Allemands et aux juifs. la Croix, le journal assomptionniste, a déclaré que les actions de Scheurer-Kestner prouvait l'existence d'une "campagne anti-clérique organisée par les juifs." Le gouvernement a adopté facilement l'idée de ce "Syndicat" parce qu'il ne voulait pas admettre l'innocence de Dreyfus. Jusqu'en septembre 1899, pendant la révision du procès contre Dreyfus, le Ministre de Guerre, Mercier, laissait croire que ce "Syndicat" était bien réel et était composé de trente-cinq millions de francs juifs.

Le journal conservateur le Figaro exerçait une grande influence sur le renouvellement des accusations contre Dreyfus. Rodays, un des éditeurs du journal, a répondu aux accusations contre Scheurer-Kestner en disant que le sénateur était "un homme sérieux" que n'abandonnerait jamais son pays. Clémenceau de l'Aurore et Guyot du Siècle soutenaient aussi les actions de Scheurer-Kestner. Ils ont trouvé la croyance du sénateur comme preuve de l'innocence de Dreyfus.

Mathieu Dreyfus a franchi une deuxième étape vers la révision du procès avec l'accusation publique d'Esterhazy comme le vrai coupable. Les anti-Dreyfusards, de peur que leur cause perde de puissance à cause de cette révélation, ont donc développé une contre-attaque publiée dans la Libre Parole. Ils disaient que l'Ambassadeur d'Allemagne avait demandé au Secrétaire de l'Etranger de lui rendre un des documents qu'on utiliserait pour condamner Dreyfus. Drumont a fabriqué l'histoire que ce document contenait des informations qui causeraient une guerre entre la France et L'Allemagne. Ce document "controversable," que la publique ne pouvait jamais voir, était ce qu'on utilisait pour condamner Dreyfus.

À cette époque, une ancienne maîtresse d'Esterhazy, Mme Boulancy, a publié des lettres écrites par le commandant dans lesquelles il condamnait les Français. Rochefort a essayé de répondre avec une attaque sur le caractère de Mme Boulancy, mais le public percevait cette tentative comme ridicule.

Les libérales et les socialistes s'intéressaient beaucoup aux developpements de l'affaire. Jean Jaurès de La Petite République a proclamé que la bataille au sujet de Dreyfus était entre deux factions de la bourgeoisie, mais que c'était le prolétariat qui attendait la révolution inévitable.

Les écrits de Zola augmentaient cette attitude révolutionnaire. Lorsqu’on a trouvé Esterhazy innocent et Zola a publié "J'Accuse," la presse anti-Dreyfusarde cherchait tout ce qu'elle pouvait pour détruire la réputation de l'écrivain comme un Français respectable. Judet du Petit Journal a attaqué "l’italianisme" de l'auteur ( Zola avait un père d'origine italienne), pendant que les catholiques dénonçaient ses livres comme pornographiques. On disait aussi que les articles de Zola au sujet de l'affaire Dreyfus étaient seulement des tactiques pour encourager la vente de ses livres.

Beaucoup d’intellectuels soutenaient les actions de Zola, et ils ont formulé des pétitions pour une révision du procès contre Dreyfus. Ce mouvement intellectuel inspirait une nouvelle série d'attaques dans les journaux anti-Dreyfusards. Une de ces attaques était dirigée contre Ducleaux, le chef de l'Institut Pasteur à Paris et un des savants les plus respectés du monde!

Pendant que Le Temps, un journal libéral, encourageait tous de laisser tomber l'affaire pour préserver l'intégrité de la France, la plupart des journaux libéraux et socialistes continuaient à travailler contre l'injustice. Ils luttaient contre un ennemi commun: les conservateurs de l'Eglise Catholique. On voyait clairement la lutte entre les cléricaux et les républicains au sujet de la révision du procès de Dreyfus. Cette tension était une raison pour laquelle la presse libérale a pu capter l'attention du monde pendant le procès de Zola du 7 au 23 février 1898.
 
 

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