Oscar Wilde et l'Affaire


Le Bordereau






    Quoique la fin du XIXe siècle fût une période turbulente en France, on a senti l'impact de l'affaire Dreyfus partout en Europe. Toutes les presses européennes se saisissaient de n'importe quelle nouvelle au sujet de l'Affaire, et plusieurs personnages célèbres étaient embrouillés dans le scandale. Emile Zola, déjà célèbre comme romancier, est devenu plutôt notoire pour ses efforts en faveur d'Alfred Dreyfus. Mais il y avait un autre homme de lettres qui a joué un rôle d'une importance comparable. Les révélations d'Oscar Wilde à la presse, célèbre dramaturge et poète anglais, ont aidé à rendre la justice à un homme persécuté, victime des préjugées de l'époque.

    Wilde a pris conscience de l'affaire à travers par un de ses meilleurs amis, Carlos Blacker. Blacker était le confiant de Colonel Alessandro Panizzardi, l'attaché militaire italien à Paris. Panizzardi collaborait avec Colonel Maximilian von Schwartzkoppen d'Allemagne pour obtenir des secrets militaires français à travers un officier français, Commandant Esterhazy. Quand Dreyfus a été condamné pour des actes d'espionnage contre la France, Panizzardi a confié à Blacker le nom du vrai traître.

    Blacker a appris plusieurs nouvelles intéressantes à travers ses rapports avec Panizzardi et Schwartzkoppen. Il a trouvé que, juste avant l=accusation publique d=Esterhazy par le frère de Dreyfus, Schwartzkoppen avait écrit une lettre à son général qui protestait l=innocence de Dreyfus. Panizzardi, persécuté par la presse et torturé par le fait que Dreyfus souffrait malgré son innocence, a informé le gouvernement français de son erreur. Il n'a reçu aucune réponse.

    Frustré par la passivité du gouvernement, Panizzardi et Blacker ont formulé un projet pour rendre justice à Dreyfus: ils publieraient dans la presse étrangère quelques fac-similés des documents traîtres écrits par Esterhazy. Panizzardi a demandé au Roi d=Italie d=écrire à l=Empereur d=Allemagne pour demander quelques documents d'Esterhazy afin de les faire publier. Pour mener à bien le projet en Angleterre, Blacker a contacté son ami journaliste, F.C. Conybeare, du National Review.

    A cette époque-là, Wilde venait de terminer son incarcération à cause de ses actes homosexuels. Esperant encourager Wilde à écrire encore, Blacker lui a transmis ce qu'il savait de l'affaire Dreyfus pendant un rendez-vous. Pourtant, Blacker n'a pas passé beaucoup de temps avec Wilde après cette tête-à-tête initiale, malgré plusieurs invitations par le poète. Wilde se sentait abandonné par son ami, et, rempli de désespoir et colère,  a partagé les secrets de Blacker avec deux journalistes anglais: Chris Healy et Rowland Strong de l'Observer et du Morning Post. Healy est allé voir son ami Emile Zola immédiatement avec ces nouvelles surprenantes, tandis que Strong pour sa part a contacté le vrai coupable, Esterhazy. Quand Blacker a entendu parler des actions traîtres de son ami Wilde, il considérait son projet d'exposer Esterhazy comme fini.

    Donc Blacker était surpris quand le Siècle a publié une révélation dramatique de la culpabilité d'Esterhazy. Ce document, appelé la ALettre d=un Diplomate,@ contenait beaucoup de l=information secrète que Panizzardi avait partagé avec Blacker. La lettre, écrite chez Joseph Reinach, l=éditeur du Siècle, par deux Dreyfusards, Yves Guyot et Francis de Pressense, était basée sur des renseignements obtenus de Zola.

    Pour diminuer les effets possibles d'autres révélations dans la presse au sujet d=Esterhazy, Strong, un ami du commandant traître, a pris une action décisive dans le New York Times: il a déclaré que tous ces documents soi-disant "écrits par la main d'Esterhazy" étaient fausses.

    Blacker et Conybeare ont trouvé une réponse à cette fausse déclaration. Sous le nom de plume AHuguenot,@ ils ont publié l=article AThe Truth About Dreyfus@ dans le National Review d=Angleterre. Des extraits de cet article ont apparu dans le Siècle de Joseph Reinach, qui comme conséquence, et en représaille de l'armée, a perdu son titre d=officier de la Légion d'Honneur.

    Avec cette article inflammatoire dans la presse anglaise, Blacker est devenu un objet d=attaque publique. Wilde, toujours blessé par l'éloignement de Blacker, a communiqué beaucoup de renseignements injurieux à la presse au sujet de celui-ci. Wilde, qui est enfin mort en Novembre 1900, n=a jamais pardonné à Blacker son infidélité. Blacker était obligé de déménager à cause de ces attaques, et voilà la fin de son rôle dans l'affaire Dreyfus.
 
 

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